Comprendre l’histoire de la monnaie

Cet article traite de l’histoire de la monnaie. La monnaie a une histoire aussi longue que le commerce et les transactions. Elle est une condition essentielle de l’activité économique. Son histoire n’est pas dissociable de l’évolution des pratiques des agents économiques comme de celles de ses formes concrètes : Soit depuis l’invention des pratiques et formes primitives de la préhistoire jusqu’aux pratiques et formes les plus avancées de l’époque contemporaine, conséquence d’un lent processus de dématérialisation.

Formes primitives ou proto-monnaies

Cypraea moneta, ou cauri.

Deux monnaies en forme de couteau (Yidao, Mingdao), Chine, Dynastie Zhou, Royaume de Yan, 600-200 av. J.C.
Il n’est pas possible de situer avec précision l’invention de la monnaie. Adam Smith voit dans le développement de la division du travail au sein de la société avec la révolution néolithique et l’intensification des opérations de troc les raisons de l’essor de la monnaie, facilitatrice des échanges économiques. Cette théorie du troc primitif est cependant un mythe propagé par les économistes libéraux du XVIIIe siècle, les économies pré-monétaires étant plus basées sur le crédit que le troc.
Pourtant les origines de la monnaie sont aussi indissociables des échanges sociaux et rituels. Et si l’on a constaté des pratiques très anciennes telles que le fait qu’un objet soit mis en réserve pour un usage d’échange ultérieur ou soit utilisé régulièrement comme contrepartie des échanges ou qu’un symbole de dénombrement est employé pour comptabiliser un bien, alors les premières monnaies remontent aux racines de l’humanité.
La liste des matières ayant servi à l’une ou l’autre de ces fonctions se révèle être infiniment diverse: épargner, troquer, compter peut se faire à l’aide de n’importe quelle matière. Pour les tout petits achats, où la perte à l’échange n’a pas grande importance, on a utilisé de tout temps comme moyen d’échange des objets commodes à transporter et sans réelle valeur propre sans que cela soit véritablement des monnaies.

Depuis les temps préhistoriques, les hommes comptent et échangent leurs biens. Pour ce faire, les formes premières de la monnaie sont des plus variées car chaque groupe humain se dote d’un étalon susceptible d’être crédible et accepté par tous :
Matières naturelles : la pierre, le sel qui sert à payer les légionnaires romains (c’est l’origine du mot salaire), l’ambre, les pierres précieuses, les petits lingots de métal plus ou moins précieux.
Produits agricoles, d’élevage ou de cueillette : bétail (tel le bœuf dans le monde indo-européen d’où découle le latin pecus ou le sanskrit rupa à l’origine du mot roupie), grain de blé, graine de cacao, grain de poivre, feuille de tabac, peau de bêtes, morue séchée, feuilles de thé, etc. Les Américains appellent familièrement le dollar « buck » qui désigne un cervidé mâle, mot dont l’origine daterait de l’époque où, les pièces de monnaie étant rares, une balle de peaux de cerf pouvait faire office de monnaie d’échange que l’on appréciait à l’aune des pièces d’argent alors en circulation.

Produits artisanaux : pagne (Égypte, Afrique), verroterie (GnaïGnaï, perle « œil de chat » du Sénégal en Afrique), couteaux (Chine), araires (Chine), haches métalliques (Chine, pays celtiques), hachoirs (peuples précolombiens), métrage de tissu (Égypte, Amérique du Sud et du Nord, Afrique (Les Gabback du Nigéria)), anneaux (Égypte), trépieds métalliques (Grèce), fer martelé (Guindja d’Afrique centrale), alcool (Amérique), fusils (Amérique), coquillages (tels les cauris) ou objets symboliques tels que les « monnaies-haches » de la fin de l’âge du bronze découvertes en Bretagne, etc.

Êtres humains : esclaves utilisés entre autres dans le cadre du commerce triangulaire.
En Inde, puis dans tout le Pacifique, l’usage de monnaies primitives est général au Ve siècle (Monnaie de Cowry (en), Monnaie de kauri (de), Coquillages comme monnaie d’échange). On le constate au début du XIVe siècle aux Maldives, d’où les commerçants arabes les ont exportées vers la côte est de l’Afrique. Elles transitent ensuite par le Soudan jusqu’en Guinée, puis vers la Mauritanie et jusqu’aux Berbères de l’Atlas. Jusqu’au XIXe siècle, les «valeurs-kauri» se diffusent avant tout en Afrique de l’Est, particulièrement à Zanzibar et en Éthiopie. Après 1870, les gouvernements des colonies entendent interdire les «valeurs-kauris» en tant que monnaie. Mais les hommes y sont habitués et les utilisent toujours comme « menue monnaie ». Ce n’est qu’en 1955 que l’usage des «valeurs-kauri» cessent presque totalement.
Chez les Aztèques, au XIVe siècle, la fève de cacao est un moyen d’échange reconnu dans toute la Mésoamérique. Un esclave vaut alors 100 fèves, les faveurs d’une courtisane 80 fèves, un lapin, 10 fèves et l’aumône à un mendiant 3 ou 4 fèves. Il est patent que la valeur de la monnaie n’est pas strictement égale à la valeur marchande des fèves.

Les populations amérindiennes du nord-est utilisaient des colliers de wampum.
Certaines de ces formes primitives de monnaie perdurent jusqu’au XXe siècle. Ainsi l’exemple des manilles (anneaux d’esclave) ou des coquillages dans certaines régions d’Afrique, du sel au Tibet, des cauris en Chine, en Inde et en Afrique. Des formes de troc sont réapparues au XXe siècle consécutives à d’importants conflits militaires, entrainant une pénurie d’espèces métalliques, parfois une hyperinflation, et des périodes de désordre et de pauvreté : 1919-1923 en Allemagne, 1944-1947 en Allemagne, Angleterre, France et Italie.
Formes plus avancées des unités de compte.

De manière parallèle, d’autres pratiques se développent. Les unités de compte, qui existent depuis plus de 2 500 ans, sont souvent dérivées des unités de poids.
En Mésopotamie, une unité de compte, le mine, est en usage par exemple dans l’empire d’Akkad (2300-2200 av. J.-C.). Les premières écritures cunéiformes, sur des tablettes d’argile, révèlent des écritures comptables. Un système de gestion administrative des dettes et des créances se développe en se fondant sur la comparaison de la valeur des produits échangés avec des “valeurs-étalons” connues de tous (quantité donnée de céréales, d’or, ou d’argent).
En Égypte, comme en Mésopotamie, la monnaie scripturale existe bien avant la monnaie fiduciaire (plusieurs milliers d’années). L’Égypte des Pharaons dispose d’une série d’unités de compte : le Sha et son multiple le Deben, ou le Quite qui équivaut au dixième du Deben, sont utilisés quotidiennement par les scribes. Mais avec l’intensification et la diversification des échanges, se met en place une comptabilité bien trop lourde. Simplifier va consister à trouver le moyen de solder une dette par un moyen simple et fiable : la monnaie dite “fiduciaire”.

En Chine, à côté des coquilles kauris (ou cauris), utilisées entre la fin du IIe millénaire avant notre ère et le XVIe siècle, on note l’usage d’une pièce d’étoffe estampillée faisant office d’un titre de paiement, proche dans son fonctionnement du billet de banque lequel fut également inventé en Chine (le jiaozi ).
À niveau de développement comparable, les Aztèques disposent d’un système de numération et également d’une unité de compte étalon, le Quachtli, qui est égale à 100 cabosses de cacao ou une pièce de coton appelée Ixtle.

Mais la forme très hiérarchisée de ces sociétés, le peu de liberté des producteurs, le faible nombre de produits, le peu de division du travail, le rôle écrasant des autorités dans la collecte et la répartition des productions, expliquent sans doute que ces unités de compte ne circulaient pas. En Égypte, seul le troc était légalement autorisé. Chez les Aztèques, on ne commence à voir une circulation de la cabosse de cacao qu’à partir de l’arrivée des Européens,
Il reste que ces premiers usages soulignent combien la monnaie repose sur la confiance. Constatation renforcée par l’étymologie de certains termes financiers comme « crédit » qui vient du latin credere = croire, avoir confiance et « fiduciaire » qui vient du latin fiducia = la confiance.
L’invention de la monnaie métallique
Du fait qu’ils sont recherchés par beaucoup de peuples, la valeur des métaux est intrinsèque (« commodity money »), avec les qualités d’être incorruptible (donc durable), homogène, malléable (donc facilement divisible et pouvant porter une empreinte) et relativement rare.

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Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_monnaie

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